Déchets et pollution plastique : quel impact sur la biodiversité marine ?

Les déchets plastiques, une menace globale et persistante pour la biodiversité marine

Les déchets plastiques sont devenus omniprésents dans la mer et les océans, ils représentent 50 à 80 % des déchets marins. Du fait de leur grande résistance à la dégradation, les déchets plastiques persistent pendant plusieurs dizaines, centaines d’années dans nos océans. Comment la vie marine est-elle touchée et réagit à cette pollution permanente ?

 

Le plastique est un matériel durable, léger, solide et a un faible coût de production. Pour ces caractéristiques, le plastique est utilisé dans une très large gamme de produits et a permis de développer l’économie mondiale. En 2019, la production mondiale de plastique est estimée à 359 millions de tonnes dont 16% produit en Europe, et ces quantités restent en constante augmentation (Plastics the facts, 2020) ! Le plastique défini la façon dont nous vivons aujourd’hui par sa présence quotidienne et son utilisation devenue quasi-indispensable. Cette surconsommation de plastique et le mauvais traitement de ses déchets engendrent une pollution qui se retrouve, in fine, dans les milieux marins. Les océans sont considérés comme des récepteurs finaux des déchets anthropiques rejetés dans les environnements continentaux, côtiers et marins de manière accidentelle, par négligence ou volontairement (Veiga et al., 2016). Les plastiques représentent la grande majorité des déchets et de la pollution retrouvés dans les océans. Ils sont observés partout à travers le globe, même les océans à l’extrémité des pôles, pourtant éloignés et isolés de toutes activités humaines, sont contaminés !

Mais quel est vraiment l’impact des déchets et de cette pollution plastique sur la biodiversité marine ?

 

Les déchets plastiques : nouvelle ressource alimentaire pour la biodiversité marine ?

Les conséquences de la pollution des océans par le plastique sont sanitaires et socio-économiques. Il existe un risque d’ingestion et d’accumulation du plastique par différents organismes marins comme les oiseaux, les tortues mais aussi par des espèces d’intérêt commercial comme les crustacés, les mollusques ou les poissons. L’ingestion de plastique peut provoquer un blocage du système digestif, empêcher la sécrétion d’enzyme gastrique permettant la bonne digestion du bol alimentaire, et, par conséquent, induire une sensation de satiété. Cette accumulation de déchets plastiques dans les intestins du système digestif de divers organismes marins peut alors induire l’étouffement puis la mort de certaines espèces marines (Deudero et Alomar, 2015).

 

La pollution plastique impacte la reproduction des espèces marines

Les déchets plastiques sont facilement transportés et déplacés par les courants océaniques, les vents et les marées. Cette pollution et ces déchets sont retrouvés en abondance dans tous les compartiments marins : en surface, dans la colonne d’eau et en profondeur dans le sédiment.

Certains mollusques pour se nourrir filtre l’eau de mer. C'est par exemple, le cas de l’huître qui filtre un litre d’eau de mer par heure. Ces dernières confondent le phytoplancton, sa ressource nutritive habituelle, avec des déchets plastiques de très petites tailles (entre 1 et 10 micromètres). Certaines études ont montré qu’un simple transit de petites particules de plastique de quelques heures à quelques jours dans le tube digestif pouvait induire de grandes modifications sur la biologie de l’animal qui les a ingérés. C’est le cas de l’huître creuse (Crassostrea gigas), dont la reproduction est affectée après avoir été exposée expérimentalement pendant deux mois à des petites particules de plastique dans des aquariums de laboratoire. Les résultats sont sans appel ! La digestion des huîtres est bien plus laborieuse, elles sont donc obligées de filtrer bien plus d’eau pour obtenir leur ration alimentaire aux dépens de leurs capacités de reproduction qui sont sensiblement réduites (Sussarellu et al., 2016).

 

Les déchets et la pollution plastique transportent avec eux des espèces marines envahissantes

Les déchets plastiques peuvent aussi impacter indirectement les écosystèmes marins en transportant des espèces envahissantes. Les fragments de plastique deviennent des supports pour certaines espèces marines qui sont ainsi transportées par les courants dans des zones où elles ne se seraient pas développées et reproduites. Ces espèces prennent la place d’autres et nuisent les espèces qui étaient présentes à l’origine, ce qui risque de créer des déséquilibres de l’écosystème marin et impacter la biodiversité marine. C’est ce qu’il se passe avec une espèce d’araignée d’eau (Halobates sericeus), le plastique flottant à la surface des océans est un endroit idéal pour qu’elle y ponde sa progéniture. Selon l’étude Goldstein et collaborateurs de 2012 publiée dans Biology letters, si la quantité de plastique, trouvée à la surface des océans, augmentait cela induirait une explosion du nombre de cette araignée d’eau qui se nourrit essentiellement de phytoplancton et d’œufs de poissons, et viendrait alors totalement déséquilibrer les écosystèmes marins.

 

Les déchets et la pollution plastique peuvent-ils induire des maladies ? 

Les déchets plastiques peuvent aussi concentrer des contaminants chimiques (exemple : pesticides), des additifs et des métaux lourds. Les mollusques sont majoritairement pollués par le plomb, le mercure et le cadmium. Les capacités à concentrer les métaux lourds varient selon les espèces. L’huître bio-accumule le cadmium alors que la moule va concentrer le plomb. Cette contamination constitue un facteur de risque non seulement pour la vie de ces espèces marines mais aussi pour l’homme qui est l’un des prédateurs supérieurs au bout de cette chaîne alimentaire. Les plastiques concentrent aussi à leur surface des pathogènes, responsables de maladies, pouvant avoir des conséquences sur la biodiversité marine ainsi que sur la santé humaine. Des déchets plastiques ont été retrouvés dans les océans porteurs de bactéries de type E. coli et Vibrio, tous les deux responsables de maladies gastro-intestinales comme le choléra ou la gastro-entérite. Comme ces plastiques sont rapidement transportables par les courants océaniques, il est possible qu’une maladie se déplace d’un continent à un autre facilement (Zettler et al., 2013).

 

« L’objectif est d’atteindre un équilibre acceptable et durable entre ces pressions anthropiques et les écosystèmes marins afin que ces derniers restent en bonne santé » (François Galgani, 2012). Les plastiques continueront de façonner notre présent et notre futur mais nous ne pourrons pas exploiter le potentiel de ce matériel si nous n’abordons pas les défis mondiaux liés à leurs impacts négatifs sur l’environnement. Il faut avancer collectivement afin de trouver des solutions pour atteindre un avenir plus durable. Avant tout, il est important de comprendre le cycle de vie des plastiques, de sa production à son devenir final. La majorité des déchets plastiques proviennent des emballages, cette fraction représente 40% des déchets. En 2018, en Europe, a été collecté 17,8 millions de tonnes de déchets plastiques provenant essentiellement d’emballages ménagers, industriels et commerciaux. Pourtant seulement 42% sont recyclés, 39,5% sont valorisés énergétiquement et 18,5% sont stockés dans décharges. Les méthodes de traitement des déchets plastique sont différentes d’un pays à un autre. En effet, les systèmes de collecte, les infrastructures pour le traitement des déchets différent entre les pays, de même que les habitudes des consommateurs sont propres à chacun. Pour donner un exemple, en France en 2018, 24% des emballages plastiques sont recyclés et 32,5% sont stockés dans des décharges. Alors qu’en Allemagne, en 2018, 50% sont recyclés et 50% des emballages plastiques sont valorisés énergétiquement, aucun emballage plastique n’est stocké en décharge !

Quels sont les gestes simples pour limiter son impact et protéger la biodiversité marine ? Tout d’abord, limiter les contenants en plastique tels que ceux utilisés pour la lessive, le  shampoing etc. et privilégier les emballages réutilisables. Plusieurs initiatives comme l’installation par certaines communes de bacs à marées en bord de plage, invitent les promeneurs à participer au nettoyage du littoral en déposant dans ces bacs des déchets plastiques rejetés par la marée.

L’impact de la pollution et des déchets plastiques sur la biodiversité marine montre qu’il est temps de réagir face à notre consommation de ce matériau. Vous trouverez ici quelques idées pour consommer différemment le plastique et ainsi participer au recyclage et à la valorisation des déchets plastiques. 

 

Bibliographie

Plastics Europe. (2020). Plastics—The Facts 2020. An Analysis of European Plastics Production, Demand and Waste Data. Brussels, Belgium, à découvrir ici

Veiga, J. M., Fleet, D., Kinsey, S., Nilsson, P., & Vlachogianni, T. (2016). TG Marine Litter— Thematic Report. 44, à découvrir ici

Deudero, S., & Alomar, C. (2015). Mediterranean marine biodiversity under threat : Reviewing influence of marine litter on species. Marine Pollution Bulletin, 98(1‑2), 58‑68, à découvrir ici

Sussarellu, R., Suquet, M., Thomas, Y., Lambert, C., Fabioux, C., Pernet, M. E. J., Le Goïc, N., Quillien, V., Mingant, C., Epelboin, Y., Corporeau, C., Guyomarch, J., Robbens, J., Paul-Pont, I., Soudant, P., & Huvet, A. (2016). Oyster reproduction is affected by exposure to polystyrene microplastics. Proceedings of the National Academy of Sciences, 113(9), 2430-2435, à découvrir ici

Goldstein, M. C., Rosenberg, M., & Cheng, L. (2012). Increased oceanic microplastic debris enhances oviposition in an endemic pelagic insect. Biology Letters, 8(5), 817‑820, à découvrir ici

Zettler, E.R., Mincer, T.J., Amaral-Zettler, L.A., 2013. Life in the “Plastisphere”: microbial communities on plastic marine debris. Environ. Sci. Technol. 47 (13), 7137e7146, à découvrir ici

Galgani, F. (2012). BON ETAT ECOLOGIQUE - DESCRIPTEUR 10—«Propriétés et quantités de déchets marins ne provoquant pas de dommages au milieu côtier et marin», à découvrir ici

 

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Rédaction : B. Siegrist