Océan global et biodiversité littorale

Une source de richesses à préserver

L’océan regorge de richesses qui sont essentielles au développement des espèces, à la fois marines et terrestres. Ce milieu occupe la plus large superficie de notre planète, il joue un rôle clef dans de nombreux mécanismes physiques et biologiques et pourtant il demeure à ce jour peu connu... 

 

L’océan, un allié de l’Humanité 

L’Océan et la Terre sont en interrelations constantes, d’une part, ils constituent ensemble le moteur tectonique de la planète, et d’autre part, il sont aussi le moteur de tous les échanges hydro-climatiques dans le cycle de l’eau (Vanney J.R, 1991).

L'océan mondial, également appelé océan global, recouvre 70% de la surface de la planète, soit 1 332 millions km² et un volume 1 370 × 106 kilomètres cubes. Il contient 97% des eaux présentes sur le globe et abrite la majeure partie de la vie sur Terre.  En effet, près de 226 000 espèces marines sont aujourd’hui connues, ce qui représente une petite partie du nombre total d’espèces que les experts évaluent entre 700 000 et un million d’espèces (Unesco, 2012).

On y trouve une grande partie de la nourriture que nous consommons : la pêche assure 1/5ème des protéines animales consommées dans le monde. Dans certains pays, comme au Sri Lanka, la moitié des protéines viennent de la mer (Costello, C., Cao, L., et al., 2020).

De plus, l’océan est un puissant modulateur du climat. Il absorbe un tiers du C02 et réduit la concentration de ce gaz à effet de serre dans l’atmosphère. L’océan absorbe également 60% du rayonnement solaire et il a absorbé « plus de 90% de la chaleur accumulée dans l’atmosphère par l’effet de serre depuis la révolution industrielle ».

Il existe également des écosystèmes capables de transformer une partie du CO2 émis en « carbone bleu » tout en réduisant les gaz à effet de serre responsables du changement climatique. Le carbone bleu représente le carbone emprisonné dans le sédiment. Ce carbone est stocké grâce aux organismes photosynthétiques qui transforment ce gaz à effet de serre en matière organique. Ces « puits de carbone » se trouvent au niveau des herbiers marins, des mangroves, dans les marais salés et dans les couches d’eaux de surface où se trouvent le phytoplancton (UNESCO, 2021).

Les courants océaniques jouent aussi un rôle majeur dans la régulation du climat. Par exemple, le Gulf Stream est un courant océanique chaud provenant des tropiques et qui traverse l’Atlantique Nord d’Est en Ouest. Il induit les transferts de chaleur entre les tropiques et les pôles. C’est un puissant moteur du climat notamment au Nord de l’Amérique mais également en Europe où il adoucit les températures en hiver.

 

Les impacts du changement climatique sur l'Océan

Le milieu marin reste fragile et sensible au changement climatique. Un potentiel ralentissement du Gulf Stream lié à la fonte des glaces et au réchauffement des eaux pourrait provoquer des dérèglements climatiques intenses comme le refroidissement brutal des températures en Europe. Ces changements auraient pour effet des répercutions socio-économiques majeures et les écosystèmes marins et terrestres pourraient se trouver profondément et durablement bouleversés. 

De plus, la moitié de l’oxygène que nous respirons provient des organismes photosynthétiques marins, ce qui fait de l’océan « le poumon de l’humanité ». En effet, il existe une multitude d’organismes photosynthétiques allant du phytoplancton aux herbiers marins qui produisent une grande quantité d’oxygène.

Cependant, l’Océan global subit de plein fouet des agressions multiples liés aux activités anthropiques. Ces menaces appauvrissent et mettent en péril de nombreux écosystèmes. Selon des estimations de Green Cross, la biodiversité marine a subi un effondrement de 39% entre jour 1970 et 2010 (Green Cross, 2017). Nous vivons la 6eme vague d'extinction de la biodiversité sur Terre. Ce qui la caractérise est qu’elle est 1000 fois supérieure aux 5 précédentes et qu’elle est très majoritairement causée par l'activité humaine. La surpêche, par exemple, est à l’origine de plus de la moitié de la chute de la biomasse d’après la FAO (FAO, 2018). Sans compter la pollution et les perturbations liées au dérèglement climatique. 

 

Pollution, déchets, urbanisation et acidification, l’Océan est menacé 

La pollution entraîne des conséquences sur la vie marine. Chaque année, ce sont près 600 000 tonnes de plastiques qui sont reversées dans la mer Méditerranée. A l’heure actuelle, on estime que la quantité de déchets présente dans l’environnement marin est comprise entre 75 et 199 millions de tonnes.

Parmi ces déchets, les déchets plastiques pèsent pour 50 à 80% du fait de leur lente dégradation qui peut durer des dizaines d’années. Ils ont pour effet de perturber la reproduction de certaines espèces. Lorsque les microplastiques sont ingérés par les microorganismes, ils sont ensuite consommés par leur prédateur, et s’accumulent ainsi tout le long de la chaîne alimentaire pour atteindre des concentrations importantes chez les grands prédateurs : on parle de bio-accumulation.

Lorsque les plus gros déchets dérivent, ils peuvent transporter des organismes qui s’y fixent sur de longues distances en introduisant ces espèces dans des zones. Elles peuvent ainsi, pour certaines, devenir des espèces invasives qui entrent en compétition avec les espèces indigènes. 

Ils ont également un impact sur la diffusion de la lumière en l’empêchant de s’étendre le long de la colonne d’eau. Les déchets ont donc un impact sur les organismes photosynthétiques qui dépendent de la lumière du soleil pour assurer leur développement.

Aujourd’hui, avec l’urbanisation des côtes, 1 Homme sur 2 vit au bord des océans (Green Cross, 2017). Cette urbanisation s’accompagne de l’aménagement du milieu littoral et de l’exploitation du territoire. Cette concentration est directement liée avec la relation particulière qu’entretient l’Homme avec la mer, et ce, depuis l’antiquité. Les raisons sont multiples : cette proximité facilite la pêche, le commerce maritime, le tourisme et elle ouvre la porte aux activités d’exploitation off-shore (GPI, 2013).

Cependant, l’artificialisation des côtes et le rejet de déchets liés à la sur-fréquentation sont en partie à l’origine de la détérioration des habitats côtiers tels que les herbiers de posidonie (Posidonia oceanica) ou encore les récifs coralliens.

Les activités anthropiques ont aussi un lien direct avec l’acidification des océans. Le dioxyde de carbone rejeté dans l’atmosphère provoque une chaîne de réactions chimiques qui aboutit au changement de pH des masses d’eaux. Ce phénomène a pour conséquence la mortalité massive des microplanctons qui possèdent une carapace de silice ou de calcite sensibles au pH de l’eau. Ainsi, l’acidification a un impact direct sur les premiers maillons de la vie dans l’océan, et donc sur l’ensemble du réseau trophiques (ou chaine alimentaire).  

Les récifs coralliens sont situés au niveau des eaux tropicales et subtropicales du monde entier. Ils forment des écosystèmes très riches et abritent environ 25% des espèces animales présentes sur Terre. Pourtant, ces habitats ont été fortement dégradés au cours des dernières décennies par la pollution, l’acidification des océans ou encore l’urbanisation des côtes. En effets, ils ont vu leur surface réduire de 25% entre 1970 et 2010 (Green Cross, 2017). Leur diminution s’est accompagnée de la disparition de certaines espèces qui en dépendaient et d’autres se trouvent encore menacées à l’heure actuelle. En effet, ces “oasis maritimes” jouent un rôle crucial pour de nombreux organismes qui s’y abritent. Ils jouent le rôle de refuge, de lieu d’éclosion, et produisent des débris qui servent à la nutrition d’autres organismes.

 

Les richesses de la mer remises en causes : 

Avec ses 5 833km de côtes métropolitaines et 1 800km avec les territoires d’outre-mer, la France est le 2ème territoire maritime du monde. Elle possède une très large superficie littorale et elle a un rôle majeur à jouer dans la protection des océans (Cluster Maritime Français, 2021).

Le littoral désigne la zone de réunion entre la Terre et la Mer. Il existe plusieurs définitions. En écologie, cette transition entre l’écosystème marin et terrestre est appelée « écotone ». En géographie, il est aussi défini comme la zone terrestre soumise à l’influence marine. En droit, il n’est pas défini de la même manière.

Selon a discipline considérée, la définition diffère, ainsi, la délimitation du littoral reste floue. Quoi qu’il en soit, il reste un environnement fragile en constante évolution et qui regorge de richesses lorsqu’on y est attentif. 

C'est un écosystème qui bénéficie d’une grande richesse écologique. C'est la zone où se concentre l’essentiel de la vie, des habitats et des ressources marines. En effet, il comprend, notamment la zone exposée à la lumière, favorable aux organismes photosynthétiques qui sont à la base de la chaîne alimentaire mais pas seulement : il fournit des habitats à de nombreuses espèces dont les poissons qui, en grande majorité, se reproduisent au niveau du plateau continental. Cette zone peut avoir une grande importance fonctionnelle. Il est un lieu de refuge et de nurserie (où les poissons juvéniles se développent).

Il s’agit également d’un milieu soumis à des contraintes environnementales qui le maintiennent en perpétuel mouvement. Il est soumis à l’érosion des côtes, aux variations du niveau de la mer, aux climat (pluies, tempêtes...) et est sensible à l’urbanisation. En France, près de 30km² du trait de côte a disparu en 50 ans.

Sur le bord de mer on va aussi observer la laisse de mer. La laisse de mer est l’accumulation de débris naturels (coquillages, os de seiches et de poissons, algues, herbes marines...) et d’origine anthropiques ramenés par la mer et déposés sur la plage. Elle constitue un écosystème clef qui accueille la faune marine et terrestre. Elle abrite des petits organismes, les puces de mer, qui ont la particularité de dégrader les débris de la laisse de mer. Une fois ces débris métabolisés, ils nourrissent ainsi le reste de la chaîne alimentaire (à la fois terrestre et marine), d’où l’importance de cet écosystème.

 

Agir ensemble pour l’avenir des océans  

L’océan représente « le berceau de la vie » : c’est le principal réservoir de la biodiversité. La biodiversité est définie comme la diversité de l’ensemble des êtres vivants. Le complexe individus-habitat est lui appelé écosystème. 

Il existe des milieux où cette diversité des espèces foisonne et où il est important de la préserver. Par exemple, les herbiers marins tels que les champs de posidonies (Posidonia oceanica) ou de zostères (Zostera noltei et Zostera marina) qui constituent des habitats de refuges où les espèces peuvent se nourrir, se reproduire où se développer avant d’atteindre leur maturité. L’Hermelle (Sabellaria alveolata) est une espèce bio constructrice et ingénieure d’écosystème. Ce sont des vers qui sont capables de synthétiser une sorte de “colle” qui leur permettent de former des tubes dans lesquels ils se développent. Ainsi, les hermelles constituent de véritables agrégateurs de vie car ce sont des zones de nourriceries pour de nombreuses espèces de poissons.

D’autre part, une partie non négligeable de l’économie repose sur les ressources océaniques à travers la pêche, les énergies offshores, les transports maritimes… En effet, d’après l’OCE, les océans représentent 1.500 milliards de dollars, soit 2,5% de la valeur ajoutée mondiale. En France, l’économie maritime génère 360 000 emplois (Cluster Maritime Français, 2020). 

L’Homme fait partie intégrante de la biodiversité, il en est dépendant et se doit donc d’être solidaire avec les espèces qui l’entourent au sein de son écosystème. Il est primordial de concilier exploitation et gestion durable du littoral car l’Humanité dépend de ses richesses.

C’est dans cette optique et dans la dynamique d’agir pour l’avenir des océans que s’inscrit le programme de sciences participatives BioLit développé par Planète Mer en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle. Chaque citoyen devient ainsi acteur de la préservation de la biodiversité littorale en aidant les scientifiques à mieux la connaître. Le protocole amène les participants à observer sans détériorer, déplacer ni emporter les objets du littoral, présents sur les sites d’observation.

 

Sitographie :

Chaque année 600 000 tonnes de plastique sont rejetées dans la mer Méditerranée | WWF France, n.d. URL https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/chaque-annee-600-000-tonnes-de-plastique-sont-rejetees-dans-la-mer-mediterranee (consulté le 2.11.22).

Déchets marins, n.d. Ministères Écologie Énergie Territoires. URL https://www.ecologie.gouv.fr/dechets-marins (consulté le 28.10.22).

FAO, 2018. La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture. URL https://www.fao.org/3/ca9231fr/CA9231FR.pdf (consulté le 29.10.22).

GPI, 2013. Les littoraux : vivre avec la mer. GoodPlanet mag’. URL https://www.goodplanet.info/2013/07/17/les-littoraux-vivre-avec-la-mer/ (consulté le 29.10.22).

Green Cross, 2017. En 2017, donnez des clés pour agir à l’océan URL https://gcft.fr/en-2017-donnez-des-cles-pour-agir-a-locean/ (consulté le 2.11.22).

Le Gulf Stream ralentit, vers un refroidissement brutal de l’Europe de l’Ouest ?, n.d. URL https://www.notre-planete.info/actualites/4249-Gulf-Stream-ralentissement-climat-Europe (consulté le 28.10.22).

Le Monde, La France 2eme empire maritime mondial. URL https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/11/la-france-deuxieme-empire-maritime-mondial_5498495_3210.html (consulté le 29.10.22).

L’économie maritime, 2021. n.d. Cluster Maritime Français. URL https://www.cluster-maritime.fr/economie_maritime/ (consulté le 29.10.22).

Littoral : 126 communes face à l’érosion côtière, n.d. vie-publique.fr. URL https://www.vie-publique.fr/en-bref/285086-littoral-126-communes-face-lerosion-cotiere (consulté le 1.11.22).

L’OCÉAN, ORIGINE DE LA VIE - Plateforme Océan & Climat, 2015. URL https://ocean-climate.org/sensibilisation/locean-origine-de-la-vie/ (consulté le 28.10.22).

L’OCÉAN, THERMOSTAT DE LA PLANÈTE - Plateforme Océan & Climat http://ocean-climate.org/sensibilisation/le-role-de-locean-dans-le-climat/ (consulté le 28.10.22).

Océan et climat, n.d. Ifremer. URL https://wwz.ifremer.fr/L-ocean-pour-tous/Nos-ressources-pedagogiques/Comprendre-les-oceans/Ocean-et-climat (consulté le 28.10.22).

UNESCO, 2021. Le patrimoine mondial marin de l’UNESCO : gardien des réserves mondiales de carbone bleu. URL https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000375565_fre (consulté le 29.10.22).

Vanney Jean-René (1991), Introduction à la géographie de l'océan, Institut Océanographique. URL http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/ocean (consulté le 28.10.22).

 

Article :

Costello, C., Cao, L., et al., 2020. The future of food from the sea. Nature 588, 95–100. https://doi.org/10.1038/s41586-020-2616-y

 

Rédactrice : C. Benyamine

Crédit photo : theswedish