Marseille, des tonnes de poubelles sur le rivage

Rattrapé par la réalité du quotidien

Le Congrès mondial de la nature de l’UICN* qui s’est tenu à Marseille du 3 au 11 septembre 2021 a réuni près de 6000 participants sur place et 3500 en ligne. Il s’est achevé sur le vote de 137 recommandations, fruits d’un travail de réflexion et de concertation à l’échelle de la planète toute entière, pour mieux protéger la biodiversité. La vie marine et les océans dans leur ensemble n’ont pas été oubliés : la protection des mammifères marins, la planification des espaces maritimes et la conservation de la biodiversité, l’impact de l’activité minière sur cette même biodiversité n’en sont que des exemples. La « liste rouge » des espèces menacées a également été mise à jour avec son lot de nouvelles espèces qui rejoignent ce triste inventaire dont la liste ne cesse de s’allonger encore et toujours !

On notera néanmoins quelques bonnes nouvelles à l’instar d’une espèce emblématique, le thon rouge (Thunnus thynnus) qui est passé de la catégorie « en danger » à celle « préoccupation mineure » saluant ainsi l’impact des mesures de gestion. Eh oui, lorsque l’on gère, la situation s’améliore et, mieux encore, pourrait ne jamais se dégrader pour autant que l’on prenne à temps les bonnes décisions et qu’on les fasse simplement appliquer. Mais nous en sommes encore loin. Quoi qu’il en soit cette réunion qui a lieu tous les 4 ans, exceptionnelle par la participation de milliers d’experts du monde entier mais aussi de citoyens toujours plus préoccupés par l’état de santé de la biodiversité, a une nouvelle fois posé sur la table les grands enjeux et les mesures à prendre pour enrayer la destruction du monde du vivant.

 

Mais la protection de la nature c’est aussi des mesures qui sont prises au quotidien et des changements de comportements qu’il faut absolument arriver à provoquer. Moins d’un mois après la fin de cette magnifique manifestation, les belles et nécessaires recommandations ont été rattrapées par la réalité du quotidien. Les centaines de tonnes de poubelles accumulées dans les rues de l’agglomération marseillaise ont été lessivées par des pluies torrentielles charriant jusqu’à la belle bleue des dizaines de milliers de déchets en tous genres qui sont venus littéralement « recouvrir » les rivages de la cité phocéenne, et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg ! Des centaines de bénévoles et associations, dont Planète Mer, se sont précipités sur les plages pour constater ces images d’horreur et dans un élan chargé d’une émotion collective plus que palpable, se sont astreints à ramasser, ramasser, ramasser. Tristesse, consternation, colère mais heureusement pas de résignation. Ce triste épisode nous rappelle que la protection de l’environnement commence par des gestes simples et par des politiques publiques efficaces et responsables ici et maintenant. Nous ne pouvons pas attendre le prochain congrès mondial de la nature !

Laurent Debas, directeur général

 

*Union Internationale de Conservation de la Nature

 

Crédit photo : A. Lepetit - Planète Mer