Les aires marines protégées et la gestion des milieux marins

Une délimitation des espaces maritimes nécessaire à la préservation de la biodiversité marine

La France dispose du deuxième plus grand espace maritime mondial – dont plus de 10 millions de km² en outremers- se positionnant ainsi en seconde place derrière les Etats-Unis[1]. La protection des premiers espaces maritimes nationaux remonte à 2007, lors de l’instauration de la première stratégie nationale pour la création et la gestion des aires marines protégées, permettant la création d’Aires Marines Protégées (ou AMP). Les AMP peuvent être définies comme des espaces délimités en mer au sein desquels une réglementation particulière est appliquée afin d’en assurer leur protection. Cette première stratégie ne concerne alors que les eaux métropolitaines. En effet, il faudra attendre 2012 pour qu’une seconde stratégie nationale permette la création d’AMP sur l’ensemble des eaux marines nationales. La création du réseau d’AMP vise à maintenir la résilience[2] des écosystèmes face aux multiples pressions qu’ils subissent (pressions anthropiques directes et impacts du changement climatique[3])[4].

Ces AMP, dont le niveau de protection varie en fonction de leur statut juridique[5], ont pour objectif majeur de concilier les enjeux de protection de l’environnement avec le développement durable des activités[6]. Les objectifs écologiques, économiques et sociaux fixés au sein des plans de gestion de chaque AMP se traduisent en indicateurs permettant une gestion cohérente et concrète des AMP. Ces indicateurs peuvent être de différentes natures : pression de pêche, suivi des stocks et des nourriceries, cohésion sociale…[7] Pour atteindre ces objectifs, des mesures de gestions sont mises en œuvre (programmes d’actions, suivi scientifique, surveillance…), et ce de manière cohérente avec l’ensemble du réseau d’AMP.

La réglementation et la gestion des ressources halieutiques au sein des AMP sont variables en fonction de leur statut. Les AMP peuvent contribuer à la protection des zones fonctionnelles halieutiques ou à la limitation des captures. Dans un certain nombre, des zones de non-prélèvement dans lesquelles la pêche est interdite sont instaurées afin de permettre la reconstitution des stocks de pêche dans un espace beaucoup plus large. Certaines AMP comme les parcs naturels marins, les sites du Conservatoire du littoral ou encore les parcs nationaux vont avoir pour objectif de faire coïncider pêche professionnelle et maitrise de l’impact sur l’environnement. De par le rôle clé joué par la pêche professionnelle sur la qualité du milieu marin, la collaboration entre pêcheurs et gestionnaires des AMP est souvent majeure.[8]

Les effets des Aires Marines Protégées sur l’environnement et la biodiversité marine

De manière générale, les AMP, dont certaines sont partiellement classées en réserve intégrale[9], ont entrainé de nombreux effets positifs sur le plan bioécologique, et ce à une échelle mondiale[10]. Toutefois, en fonction des espèces et sites ciblés, les impacts des AMP sur ces derniers sont variables.

A l’intérieur même des AMP, il a été constaté[11] :

  • Une augmentation de l’abondance et de la taille moyenne des espèces, notamment pour les espèces prédatrices (situées en haut de la chaine trophique) et subissant une forte pression de pêche en dehors des AMP ;
  • Une meilleure résilience et stabilité des écosystèmes s’expliquant par l’augmentation du potentiel reproducteur, les spécimens de grosse taille davantage abondants dans les AMP étant plus féconds avec une période de ponte plus étendue.

A l’extérieur du périmètre de protection, les AMP peuvent contribuer à l’augmentation des biomasses à proximité. Ceci s’explique par le déplacement vers l’extérieur des populations halieutiques mais également des larves produites.

A noter toutefois que les bénéfices d’une AMP, même s’ils sont observables très rapidement, ne vont pouvoir pleinement s’exprimer que sur un pas de temps long, de 10 à 40 ans, sacahnt qu’ils peuvent être supprimés en une année en cas de suppression de l’AMP, et ce indépendamment de la durée de gestion de cette dernière. Il est donc nécessaire que la gestion d’une AMP se fasse sur le long terme, condition indispensable à la mise en place et au maintien des équilibres écosystémiques.

Une tendance à la hausse du nombre d’AMP, pas toujours synonyme de protection supplémentaire

Entre 2006 et 2019, la superficie d’espace maritime français compris dans le réseau d’AMP est passée de 0,3% à 23,5% de l’espace maritime national total[12]. La France respecte ainsi ses engagements internationaux pris auprès de la Convention sur la diversité biologique en 2010 dont l’objectif était de créer d’ici à 2020 un réseau d’AMP sur 20% des eaux françaises. En 2020, les 547 AMP françaises s’étendent sur près de 3 millions de km², incluant 97% de l’espace maritime français en outremer[13].

Toutefois, une majorité d’AMP n’est que partiellement protégée : à titre d’exemple près de 7,4% du bassin méditerranée est concerné par des AMP dont 0,04% bénéficient d’une protection forte[14]. Hors, plusieurs études réalisées sur l’impact des AMP sur les ressources halieutiques ont mis en évidence que « les meilleurs résultats des AMP sur la pêche sont obtenus lorsque la surface protégée efficacement est de l’ordre de 10 à 35% des zones exploitées par la pêche »[15]. Le niveau de protection établi au sein des AMP est donc un critère majeur et déterminant pour que ces dernières aient de réels bénéfices sur l’environnement et la biodiversité marine. Autres critères majeurs et non des moindres : un plan de gestion des moyens financier et bien sûr la surveillance et le contrôle sans lesquels l’AMP ne sera qu’une AMP dite… de papier.

L’objectif national est à présent une protection de 30% des eaux et territoires d’ici 2022 dont un tiers en pleine naturalité.[16]

 

 

[1] Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Stratégie nationale de création et de gestion des aires marines protégées- Synthèse, Edition septembre 2015, 24 p.

[2] La résilience écosystémique renvoie à l’adaptation des écosystèmes face à une perturbation et leurs capacités à se rétablir à la suite de cette perturbation

[3] Pour plus d’information à ce sujet consulter notre précédent article : http://www.planetemer.org/infos/actus/les-effets-du-r%C3%A9chauffement-c...

[4] Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Stratégie nationale de création et de gestion des aires marines protégées, Edition mars 2012, 89 p.

[5] La France dispose actuellement de neuf catégories d’AMP (parcs nationaux, sites Natura 2000, réserves naturelles…) ainsi que plusieurs AMP « internationales » (réserves de biosphère, zones humides d’importance internationale, les aires spécialement protégées d’importance méditerranéenne…) : pour plus d’informations à ce sujet : http://www.aires-marines.fr/Les-aires-marines-protegees/Categories-d-air...

[6] http://www.aires-marines.fr/Les-aires-marines-protegees

[7] Agence des aires marines protégées, Le tableau de bord des Aires Marines Protégées, juin 2015, 16 p.

[8] http://www.aires-marines.fr/Concilier/Peche-professionnelle

[9] Zone de conservation intégralement protégée où les prélèvements sont interdits

[10] Serge Michel Garcia, Didier Gascuel, Laura Mars Henichart, Jean Boncoeur, Frédérique Alban, et al. Les aires marines protégées dans la gestion des pêchers : Synthèse de l’état de l’art, 2013., https://hal-agrocampus-ouest.archives-ouvertes.fr/hal-01103270

[11] Serge Michel Garcia, Didier Gascuel, Laura Mars Henichart, Jean Boncoeur, Frédérique Alban, et al. Les aires marines protégées dans la gestion des pêchers : Synthèse de l’état de l’art, 2013., https://hal-agrocampus-ouest.archives-ouvertes.fr/hal-01103270

[12] http://www.amp.afbiodiversite.fr/accueil_fr/chiffres_cles, chiffres datant de juillet 2019

[13] http://www.amp.afbiodiversite.fr/accueil_fr/chiffres_cles/nombre_et_supe...

[14] https://www.wwf.fr/champs-daction/ocean/aires-marines-protegees

[15] Serge Michel Garcia, Didier Gascuel, Laura Mars Henichart, Jean Boncoeur, Frédérique Alban, et al. Les aires marines protégées dans la gestion des pêchers : Synthèse de l’état de l’art, 2013., https://hal-agrocampus-ouest.archives-ouvertes.fr/hal-01103270

[16] https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/10/22/des-aires-marines-clas...